Un médecin tient dans sa main un coeur autour duquel on voit différentes applications mobiles en santé

Pour une santé plus connectée… aux humains

Le secteur de la santé connectée est en pleine expansion : dominé actuellement par les bracelets, montres et textiles intelligents, il y aura plus de 160 millions de dispositifs de santé connectés dans le monde en 2020, selon les estimations d’une récente étude du Grand View Research.  Cette lame de fond, portée par l’innovation technologique entrepreneuriale, suscitera également son lot de transformations de la relation soignant-soigné. Nous avons exploré la question avec Roger Simard, un pharmacien connecté et Pierre-Alexandre Fournier, fondateur d’Hexoskin, une entreprise spécialisée dans les vêtements connectés.

Visionnaires et véritables pionniers québécois des TI en santé, il ne fait aucun doute pour Roger Simard et Pierre-Alexandre Fournier que le projet de la santé connectée se situe bien au-delà de la technologie, même si elle en constitue la pierre angulaire.

« Les données recueillies par les objets connectés permettent aux personnes de mieux se connaître et, dans certains cas, de se rééduquer aux saines habitudes de vie comme le sommeil ou l’activité physique. Elles peuvent ensuite être partagées avec la personne de son choix : un soignant, un entraîneur, ou encore un membre de la famille. Les données sont avant tout un outil de communication sur la santé», explique d’emblée Pierre-Alexandre Fournier.

Un outil particulièrement intéressant pour le patient, dans le contexte actuel où l’on assiste à la mise en place d’un nouveau modèle de partenariat de soins. Les technologies peuvent ainsi devenir de précieuses alliées pour soutenir ce virage où le patient est considéré comme un membre à part entière de l’équipe soignante.  « Au-delà des données recueillies, avec les vêtements intelligents par exemple, le véritable contenu produit, c’est l’histoire de la santé de la personne, ses signes vitaux. Le numérique est en soutien, on produit du contenu numérique objectif à partir duquel patients et professionnels peuvent avoir une conversation », avance M. Fournier.

Une santé connectée en mode coaching

Le mouvement de l’auto-mesure de soi (quantified self) a par ailleurs gagné de nouveaux adeptes à l’extérieur du cercle des sportifs de haute performance, notamment en raison d’un meilleur accès aux objets connectés, et ils sont de plus en plus nombreux à vouloir améliorer leur condition physique en prenant pour appui montres et bracelets connectés.

Une stratégie qui peut s’avérer particulièrement efficace dans le traitement de maladies chroniques liées aux habitudes de vie. Pour Roger Simard, si les technologies permettent aux soignants d’être aux premières loges, ils doivent cependant s’investir différemment dans la relation avec leurs patients : « le rôle des professionnels de santé est appelé à changer, on se rapproche d’un modèle de coaching, on travaille ensemble sur une base régulière. Par exemple, pour accompagner quelqu’un qui doit perdre du poids, ce n’est pas suffisant de lui dire de changer ses habitudes et de le revoir dans 3 mois. Les dispositifs connectés permettent d’offrir du soutien et de la motivation quotidiennement au patient, tout au long de sa démarche », explique-t-il.

Accompagner un changement de comportement – et son maintien dans le temps  – est un travail de longue haleine dont le parcours est souvent parsemé d’écueils. Les outils de la santé connectée peuvent faciliter la réussite, mais, nuance M. Simard, «si beaucoup de gens sont prêts, d’autres ne le seront jamais, ce n’est pas la panacée, et comme dans toutes les innovations, ce n’est pas utilisé partout et par tout le monde. Pour s’assurer du succès de la démarche, le professionnel doit d’abord identifier des patients motivés, les pathologies qui s’y prêtent, sélectionner les applications et les dispositifs connectés appropriés », expose-t-il.

Un des défis de la santé connectée constitue justement la gestion efficace de la multiplicité des applications, chaque maladie ayant la sienne propre, en plus de la quantité de données produites. «Il n’y a pas actuellement de plateforme dans le réseau de la santé qui permet de colliger toutes les données d’un patient, et de fédérer un dossier unique. L’arrimage avec les DSQ et DME est en cours de processus, mais pas encore parfaitement interopérables avec tous les dispositifs de santé connectés», explique M. Simard qui a aussi utilisé dans sa pratique la plateforme Tactio développée à Montréal. Cette dernière peut être téléchargée gratuitement par le grand public et les patients qui veulent consulter leurs données de santé dans une seule application.

Un design sans interface

En outre, il est important de souligner que l’abandon des dispositifs par les patients est souvent lié à des interfaces trop compliquées qui exigent certaines compétences pour les utiliser adéquatement. Pour M. Fournier, «on ne doit pas essayer de faire des patients des experts de ces technologies, mais plutôt leur simplifier la vie et intégrer les technologies dans des objets du quotidien de la vie courante, à l’intérieur d’usages déjà présents. Ces objets doivent travailler tellement efficacement qu’ils en deviennent invisibles».

L’assiduité est également un enjeu, mais qui peut être contourné par des objets intelligents : « c’est difficile de tenir un journal, mais un objet connecté peut le faire pour le patient. La balance connectée est un bon exemple, c’est le même scénario d’utilisation qu’une balance régulière, mais elle compile des données sans aucune intervention supplémentaire de la personne. Chez Hexoskin, c’est ce qu’on développe, des dispositifs connectés qui s’insèrent dans la vie quotidienne, inspirés du design sans interface », explique M. Fournier.

FAITES UNE DIFFÉRENCE!

Média indépendant autofinancé, e-santé communication a besoin de votre appui pour poursuivre ses activités. 

Merci de participer à notre financement, toutes les contributions sont les bienvenues, petites et grandes, c’est un plus pour nous !

Les freins à l’adoption : validité, rémunération et humanité des soins

Remplie de promesses, la santé connectée rencontre encore d’importants obstacles. En effet, impossible de passer sous silence trois freins majeurs à l’adoption de ces technologies par les médecins, soit la fiabilité, la rémunération et la crainte de déshumanisation des soins.

En effet, l’évaluation de la validité scientifique et médicale des dispositifs connectés peine à suivre le rythme de la mise en marché de nouveaux produits, ce qui a notamment pour effet de ralentir l’adoption par les soignants qui engagent leur responsabilité professionnelle en les utilisant. Toutefois, de plus en plus de dispositifs sont homologués par Santé Canada (classe 2), attestant la valeur de ces outils qui sont définitivement plus que de simples gadgets. D’autre part, des sites gérés par des professionnels de santé qui évaluent la qualité des applications, tels que iMedicalApps, constituent d’excellents repères pour les soignants qui veulent s’assurer de la crédibilité et de la fiabilité de ces dispositifs.

Enfin, la question de la rémunération des médecins pose également problème, car l’usage de ces dispositifs n’est pas encore rétribué, sauf sur les territoires où l’accessibilité aux soins est considérablement réduite, comme c’est le cas dans le Grand Nord. Les consultations en face-à-face sont non seulement privilégiées en termes de rémunération, mais sont aussi soutenues par la perception que l’utilisation des technologies déshumanise les soins. Un point de vue que nuancent Roger Simard et Pierre-Alexandre Fournier : «l’humanité des soins repose d’abord et avant tout sur la qualité de la relation entre le patient et le professionnel de santé, peu importe les modalités de communication, que ce soit en face-à-face ou en téléconsultation, le plus important est de répondre adéquatement aux besoins du patient», concluent-ils. 

Soutenez notre financement : procurez-vous
E-patient : acteur de changement !

L’e-patient fait désormais partie du paysage de la santé. Cette expression désigne, à l’origine, un patient engagé, participant entièrement à ses soins de santé et qui se considère comme un partenaire de soins à part égale, au même titre que les professionnels de santé qui l’accompagne.

L’e-patient utilise les nouvelles technologies pour mieux comprendre ses problèmes de santé, identifier les ressources disponibles et évaluer les options de traitements qui s’offrent à lui afin de faire le meilleur choix possible pour améliorer sa santé et celle de ses proches.

Je veux en savoir + 

Sources et références

http://ideas.microsoft.fr/sante-connectee-big-data-iot-5-chiffres-ecteur-mutation/#6FsHomx7J1j0UbvK.97

http://www.grandviewresearch.com/industry-analysis/internet-of-things-iot-healthcare-market

https://www.tactiohealth.com/systeme-tactiorpm/

https://www.imedicalapps.com

https://www.hexoskin.fr

Laisser un commentaire

Entrez Captcha ici : *

Reload Image

COMMENCEZ À ÉCRIRE ET APPUYEZ SUR RETOUR POUR LANCER LA RECHERCHE.